Autisme poêtique

Autisme ?

Penser la clinique avec les enfants dits « à comportement autistique », comprendre « ce » qu’ils sont, leur mode d’être au monde…singulier bien sûr.

Trois mots pour trois maux :

  • Jouissance : indicible plaisir, fixation
  • Frustration impossible : anéantissement morcellement ou l’explosion à la rencontre d’une limite, insatisfaction néantisante
  • castration non en corps : pas de manque possible, du plein à tout crin, remplissage nécessaire, collage ou fusion en corps

Sujet perçus d’emblée,

Noyé dans son être au monde,

Sujet qui nous motive,

Nous retient dans l’instant de la rencontre première.

Nous, sidérés par son absence à l’autre.

 

Ils arrivent souvent comme des petits êtres qui nous présentent leur coquille bien close. Coquille toupie,

Coquille balançoire,

Coquille bondissante ou coquille figée…

La coque est là pour protéger le petit être rendu si fragilisé par l’ hyper perceptivité du monde extérieur.

 

Pourrait-on formuler que le filet de l’Imaginaire et du Symbolique ne les retient pas, ne les contient pas et les abandonne à un vertige Réel, vers tige si fragile, verre tige si friable…v’erre t’y je….

De la tige au brin…

Brin de ficelle, brin de rond de ficelle…

Le brin de Réel libre de pointer

Effraction du filet des autres brins

Pas de tissage en corps

 

Les voilà :

Les yeux fixés aux rayures du parquet,

Regard collé,

Nous entrainant dans des vertigineux sons quasi inaudibles et assourdissants,

S’auto mutilant ou s’épuisant en des trajets improbables, errances…

Sautillants ou remuants,

Ils sont tiges ou brins au gré de l’environnement

Ils sistent là sous nos yeux, ils sistent ek,

Ils ek-sistent,

ek-sister, littéralement : se trouver, se situer (sistere), là dehors comme arraché à soi par une énergie aveugle et défaisante, l’énergie d’un Verfallen c’est-à-dire d’une chute catastrophique cédant à la force du vertige. (Heidegger)

 

Pour consister il faut « sister-con » « sister avec »……

Nous voilà dans le vif de la question.

Trouver de l’ « avec » ?

Aider ce brin, ce brin d’être, cette tige, cette t’y je, à con-sister au monde environnant ?

Tisser de la rencontre ?

Tisser de l’avec, avec ce brin

Avec ce brin, avec nos brins

Brins d’êtres en jeux, être en je, être ange…être ange m’en dit…

Ange en ceci qu’improbable, qu’un probable nous suscite

Etrange convocation au tissage inédit.

 

Être en jeu, c’est bien de cela dont il est question.

Trouver le JEU et le JE.

Par le JEU trouver le JE,

Par le JEU trou vais le JE….

Trou… trou entre Réel, Symbolique et Imaginaire, entre ces trois consistances, entre ces trois ronds de ficelle…trou nécessaire pour le jeux, pour le je.

 

Lacan dans RSI : c’est autour du trou que se suggère l’ek-sistence. Assurément ces trous, nous les avons ici au cœur de chacun de ces ronds, puisque sans ce trou, il ne serait même pas pensable que quelque chose se noue..c’est au Réel comme faisant trou que la jouissance ek-siste.

 

Me vient la réminiscence de ce petit garçon qui n’a de cesse que de se coincer les deux pouces des mains dans les trous d’un jouet.

Le jeux est dans le trou.

Ce jouet est une pomme, rouge, trouée de toutes parts afin d’y lacer une cordelette terminée par un petit bout rigide en bois.

Il entre ses deux pouces dans les trous et vient me proposer ses petits bras pour que je mette fin à ce coincement.

Coincement qui résulte de la nodalité propre au nœud borroméen que se dessine du rond, du rond de ficelle, du rond en tant que consistance que constitue le Symbolique.

Que me donne-t-il à lire ?

L’aider à en sortir…et sans douleur…

Coincement

Qu’il sait y avoir un trou ?

Qu’il sait y mettre un bout de corps ?

Pomme trouée,

Il y fait avec les trous…avec le trou…

Faire avec le trou c’est trouver con-sistance…

Trouver à sister-con, avec le trou…

Trouver une parole en soi, y faire avec son trou…

Faire lalangue,

Echancrure du Réel par la trouée du Symbolique..

Jouissance du coinçage en corps,

J’ ouïs sens dans cet ek-sistence qui se signifie à moi,

Et ça con-siste en se répétant…

 

Tenter d’ouïr sens à l’ek-sistant,

L’ek-sistant : ek-siste- en –ce, en ce que ça fait sens, en passer par la jouissance phallique, pour que j’ouïe-sens de l’ek-siste-en-ce, jouissance de l’existence

 

Maux partagés avec ces enfants si être en-je.

Ils nous interpellent en cet endroit de la perception même,

Sur-acuité perceptive requise pour ce tissage singulier,

Tissage en corps….

 

Stéréotypies en lieu et place de trou dans le sens,

Sutures mal cousues d’un refoulement originaire

Stéréotypies comme autant de traces, émanations du réel figurées en corps,

Drôles de gestes,

Déambulations nécessaires….

Stéréotypie comme traces traumatiques de la rencontre avec le Réel non rejeté ou imparfaitement rejeté par le filet de lalangue.

 

Refaire les gammes,

Attraper un brin que nous tend l’enfant,

Tenter d’être le creuset, le lieu propice et protégé où un tressage pourra se donner à faire.

Si l’on s’y prête, ces enfants trouvent à tirer de nous les brins dont ils ont besoin…et se mettent à l’ouvrage.

Pour cela il me semble que nous nous devons d’être médium malléable symboligène.

Symboligène par une rencontre possible : de leur narrativité effractive et réelle et de notre dire par la figuration corporelle, émotionnelle et perceptive.

 

Passer du trou effractif à l’ek-sistant,

De l’ek-sistant à l’existante présence,

Près en ce qu’elle ek-siste au trou et qu’elle y consiste,

Consistance pour nouage à venir…

Voilà le chemin à parcourir.