séminaire Intervalle (2)

Intervalle
Pour l’ouverture de ce nouvel espace dit « Intervalle », j’ai choisi de ne pas faire une présentation trop théorique mais de tenter de vous rendre vivant l’ECART / l’Intervalle que représente la psychanalyse dans notre société. Autrement dit, de vous associer à mon cheminement pour franchir la distance de du dehors au dedans (s’il y en a un) de cet espace si particulier qu’est la psychanalyse.
Ma modalité sera celle du langage, la lalangue telle que Lacan l’évoque dans le séminaire de l’Identification

Essai d’ouverture, de travail de questionnement…..
Dans un premier temps, une approche lexicographique du mot intervalle, puis l’ouverture vers un texte de Deleuze et Guattari où il est question de 2 types d’espace, lisse et strié, et qui nous permettra d’entrer dans une approche de certaines notions psychanalytiques fondamentales.

INTERVALLE, pourquoi avons nous choisi ce mot pour ce cadre de rencontres autour de la psychanalyse ?

Quand nous parlons, que faisons nous d’autre que d’articuler une suite d’intervalles, de scansions, d’entre deux mots…….
Les intervalles entre les mots sont des scansions, des arrêts nécessaires à la compréhension et à l’expression :
- Compréhension : prendre avec, du latin médiéval comprehensivus « collectif » (en grammaire). Comprendre, cumprendere, comprehendere, saisir ensemble….cum + prendere. Compréhension : saisir mots et intervalles de l’entre mots.
- Expression : du latin expressio, action de faire sortir en pressant….il y a là dedans ce mot également un dedans et un dehors.

La question qui m’apparaît serait alors celle là :
que se passe-t-il dans cet entre deux ?
dans cet intervalle ?
que s’y passe-t-il qui soit effectif au point de permettre et d’autoriser compréhension et expression ?
Qu’en est-il de cet espace de l’entre deux ?
que faisons nous ici, nous tous, entre début et fin de réunion ? que faisons nous dans cet intervalle du jour, de la semaine……

Posons juste : intervalle …………rencontre.

Tout de suite, me vient que le premier intervalle serait celui de la naissance : espace premier de rupture entre mère et enfant symbolisé et réalisé par la coupure du cordon ombilical. Cordon comme trait d’union sectionné.
Et ce premier intervalle, bien qu’étant coupure est à l’initial du lien, c’est même cette coupure qui fera lien….rencontre première.

D’ailleurs :

Le mot intervalle apparaît d’abord au féminin nous dit le Robert, au 2ème quart du XIIIème siècle sous la forme : intervalle.
Puis au masculin dès 1306.

1. Ce mot provient du latin classique : intervallum : espace entre deux pieux d’une palissade. C’est un mot de technique militaire qui s’est étendu à la notion de distance qui sépare deux points dans l’espace et dans le temps.
• Inter : entre
• Vallum (valli) : palissade, rempart,
• A noter l’ancien pluriel de vallum : valla (orum) : pieux.
Soit : palissade élevée sur la levée de terre entourant un camp romain.

Nous y voilà : de la distance à l’intervalle.
Cette origine du côté de la technique militaire, du mot intervalle me donne à associer sur plusieurs aspects contenus dans ce terme :
- technique militaire…..les règles, la loi, l’ordre ou ce qui force à l’ordre, ce qui ordonne, ….
- ce qui autorise le conflit, l’organise, le prépare…..dans ce qui est à l’origine, à l’ombilic du mouvement, de la mise en œuvre, de l’animation (pulsion de vie versus pulsion de mort).

De la distance à l’intervalle, il y a une sorte d’organisation, de structuration qui se fait jour.

2. Le latin avait donné en ancien français : entreval, avec une valeur spatiale et temporelle, ainsi que entrevalle.

3. On trouve intervalle au féminin jusque fin XVIème et même jusqu’au XVIIIème siècle, isolément chez Rousseau.

4. C’est également un terme de musique dès l’époque classique (on le retrouve chez Rousseau dans son dictionnaire de la musique entre autre)

L’utilisation de ce mot dans la musique, du côté du sonore nous renvoie à la notion de captation par la résonnance sonore, entre deux sons, par exemple l’attente dans celle du trajet de l’écho.
Rappel du trajet du cri de l’un vers l’Autre, du lien premier du nourrisson au monde…. premier cri, douleur de l’ouverture respiratoire, premier espace, premier intervalle dans les tissus pulmonaires s’emplissant d’oxygène,….et dans le même temps premier espace de transmission et d’aliénation à l’Autre et au monde, entrée en matière par cet intervalle criant.
De la distance à l’intervalle…..dans l’intervalle, de l’entre nous.

• En musique, ce mot est d’abord employé avec une valeur temporelle, il désigne un espace temps qui sépare deux moments, deux époques, deux périodes.

On entends là l’animation de la matière temps, la densité animée qui travaille dans cet intervalle….comme une force contenue au sein d’un atome…..l’histoire qui s’y trame, le récit qui s’y profile. L’intervalle est un vide dense. Le vide n’est pas vide, n’est pas creux, c’est un vide plein et actif.
On y entend aussi la force de l’avant et de l’après, la diachronie à l’œuvre.

• Puis, vers 1355, le mot s’emploie avec une valeur spatiale pour désigner la distance qui sépare un objet d’un autre.

C’est alors sous un autre biais que se dit l’intervalle, comme ce qui permet la singularisation des objets et leur différenciation les uns des autres.
Nous reviendrons sur cette valeur de distanciation spatiale et ce qu’il en est dans l’identification.

• Par figure, vers 1440/1475 : l’intervalle dit le suspens, l’incident désagréable entre deux personnes.

L’intervalle est alors suspens : espace habité, coloré d’un sens, comme capté par le récit, recouvert par ce sens. Il exprime que s’y passe quelque chose, il est attente, suspension active.
En effet, jusque là, l’intervalle restait une copule de séparation, un lieu de coupure, et voilà alors qu’il est paré d’une signification.
Voici ce qu’en dit Térésa Faucon :
Notons que par figure, intervalle s’est dit (1440-1475) d’un incident désagréable entre deux personnes, d’où l’idée d’une rupture, d’un accident, d’un saut qualitatif ou encore rythmique, énergétique selon notre théorie : la réduction de l’intervalle renvoie bien sûr au principe générique du cinéma, l’intermittence, du latin classique intermittens, laisser au milieu dans l’intervalle, laisser du temps en intervalle, d’où interrompre, suspendre. D’origine mécanique, l’intermittence, révèle une circulation, une transmission d’énergie, à commencer par le flux lumineux animant l’image, lui donnant vie et matière. Le faisceau qui disparaît et renaît, resurgit après chaque interimage, comme intervalle d’un plan à l’autre, ouvre la mécanique, traverse déjà le vide, véritable creuset d’énergie. Ainsi le cinéma fait sienne, par son mécanisme, la dialectique Vide-Plein. (théorie du montage : énergie, forces et fluides, par Térésa Faucon, Armand Colin/recherche, 2013)
« Le vide n’est pas, comme on pourrait le supposer, quelque chose de vague ou d’inexistant, mais un élément éminemment dynamique et agissant. Lié à l’idée des souffles vitaux et du principe d’alternance Ying Yang, il constitue le lieu par excellence où s’opèrent les transformations, où le Plein serait à même d’atteindre la vraie plénitude. » (François Chieng, le vide et le plein p 75)

• Vers 1538, le mot entre dans la locution adverbiale :
par intervalle(s) utilisée avec les deux valeurs (singulier et pluriel) et signifiant :
- de temps à autre
- de place en place

Nous sommes bien là dans une utilisation topologique du mot intervalle, le nouage entre l’espace et le temps y est intrinsèque.

• L’expression sans intervalle, 1611, sans relâche, est sortie d’usage.

• Avec sa valeur temporelle, le nom intervalle s’emploie spécialement, comme le mot latin intervallum, en musique.
• En 1629, chez Descartes, peut être d’après l’italien intervallo, d’après Zarlino, seul auteur que Descartes cite dans son œuvre (compendium musicae, A.T .X p134, trad Fr. De Buzon, Paris, PUF, p 128)
(philosophie de l’art et esthétique musicale….p101)
Il désigne aussi (1680) un moment d’arrêt, par exemple entre les parties d’un spectacle.

• Par métaphore de la valeur spatiale, intervalle s’est dit de l’inégalité de condition sociale, (fin du XVIIème, La Bruyère) :
L’on voit peu d’esprits entièrement lourds et stupides ;l’on en voit encore moins qui soient sublimes et transcendans . Le commun des hommes nage entre ces deux extrémités : l’intervalle est rempli par un grand nombre de talens ordinaires, mais qui sont d’un grand usage, servent la république et renferment en soi l’utile et l’agréable, comme le commerce, les finances, le détail des armées, la navigation, les arts, les métiers, l’heureuse mémoire, l’esprit du jeu, celui de la société et de la conversation. (De l’homme. P310)
Ce sens disparaît après, à l’époque classique.

• Puis le mot intervalle équivaut au mot différence (1831, Stendhal)
Puisque cette occurrence du mot apparaît,

• En mathématiques, XXème siècle, l’intervalle désigne l’ensemble des nombres compris entre deux nombres donnés.

• Le dérivé didactique : intervallaire, qualifie ce qui est placé dans l’intervalle.
Ceci apparaît en architecture vers 1560, puis en botanique vers 1817. C’est aujourd’hui sorti d’usage, et remplacé par intermittent

Reprenons donc maintenant les différentes associations :
Distance, intervalle, rencontre
Rencontre, naissance, coupure, aliénation, mise en lien
Technique militaire, organisation, règles, loi, structuration
Musique, résonnance, trajet,
suspens
Vide plein actif, vide dense, dynamique, diachronie
Singularisation, différence, identification,
Suspension active, coupure, nouage espace-temps…..

Ne pourrait-on penser un nouage de tous ces termes pour tresser une sorte de filet qui dessine en transparence les contours de la séance psychanalytique ?
N’est-elle pas création à distance du monde environnant d’un intervalle pour une rencontre ?
Un lieu de scansion qui organise une coupure et par là même une mise en lien ?
Une organisation structurante
Un lieu de résonnance et de trajet
Un lieu de suspens
Un moment de vide dense et actif, dynamique
Un espace de singularisation, de possible identification
Une suspension active de son quotidien,
Un lieu de nouage espace temps……

Et plus avant, la langue elle-même, qu’est-elle d’autre que la succession d’intervalles, d’entre deux mots, d’entre deux phrases…..
Qu’est-ce qui fait la plénitude du vide de ces intervalles ?
Qu’est-ce qui en fait la dynamique, la force organisatrice et structurante ?
Qu’est-ce qui donne vie à ce creux et le rend actif et opérant ?
Quel est donc cet Oxygène qui vient ouvrir les vacuoles et apporter le lien au monde environnant ?
C’est le sujet du jour !
C’est le sujet du moment !
Eh oui, c’est le sujet.
Ce sujet, support de la différence.
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Venons en maintenant aux espaces de Deleuze : espace lisse et espace strié.
Espace lisse est espace nomade, espace où se développe la machine de guerre
Espace strié est espace sédentaire, espace où institué par un appareil d’état.
Tantôt il y a opposition entre ces 2 espaces, tantôt la différence est plus complexe car ces 2 espaces n’existent en fait que par leurs mélanges l’un avec l’autre.
1.L’espace lisse ne cesse d’être traduit, transversé dans un espace strié : on organise même le désert
2.L’espace strié est constamment reversé, rendu à un espace lisse : le désert gagne et croît
….et 1 et 2 à la fois.

Bien sûr l’espace lisse me renvoie à la notion de distance, l’espace strié à celle d’intervalle.
Plus avant encore, on peut entendre derrière ces 2 espaces ce qu’il en serait d’un « grand Autre » (lisse) et de ce qu’il en est du fantasme originel et de la pulsion (strié).

Mais les mélanges n’empêchent PAS la distinction entre espace lisse et espace strié, entre distance et intervalle, entre grand A et le sujet barré.

D’emblée donc plusieurs questions simultanées :
-l’opposition simple entre ces espaces, les différences complexes qui les caractérisent, leur mélange de fait, le passage de l’un à l’autre, les raisons du mélange ne sont pas symétriques qui font qu’on passe du lisse au strié ou du strié au lisse.

Il me semble qu’il y a là une voie royale de l’approche des rapports du grand A au sujet barré que nous sommes….du grand Autre au petit autre….qui à la fois est différente de la topologie telle qu’elle est développée par Lacan et qui pourtant y est affine et pourrait nous aider à l’approcher.

Deleuze envisage plusieurs modèles, nous allons en traverser quelques uns : le tissu, le modèle musical, le modèle maritime, le modèle mathématique. (il y a aussi le modèle physique, l’art)

LE TISSU
Le tissu possède un certain nombre de caractères qui permettent de le définir comme un espace strié :
Intervalles des chaînes et trames, intervalle du tissu lui-même car c’est un espace délimité fermé sur un côté au moins, nécessité d’aller-retour dans le tissage impliquant un espace fermé/intervallaire, le tissu a un envers et un endroit.

Ces caractéristiques me font associer sur la représentation du sujet barré par le signifiant qu’est la bande de Moebius, découpe ayant un seul et même bord. Espace strié (coupé) et lisse (continu).

A l’opposé du tissu il y a le FEUTRE, anti-tissu, espace lisse.
Aucun entrecroisement mais un enchevêtrement de fibres, obtenu par foulage (foule âge), micro-écailles des fibres qui s’enchevêtrent, intrication non homogène. Espace lisse, infini, ouvert, illimité en toutes directions, variation continue…..distance…..grand Autre
Le feutre est un isolant (tente, vêtement, armure) et surtout chez les nomades, chez les sédentaires c’est plutôt le tissu-vêtement, tissu-tapisserie, qui annexe le corps nu ou l’espace extérieur de la maison.

Les aiguilles tricotent un espace strié.
Notre psychisme, nos fantasmes et certainement notre fantasme originel sont espaces strié, tricotés, intervallaires, marqués de traits prélevés, chaînes et trames….les aiguilles sont enchevêtrement des écailles de fibres du feutre dans le grand Autre.

LE MODELE MUSICAL

Boulez a évoqué les espaces lisses et les espaces striés :
Espace-temps lisse où l’on occupe sans compter,
Espace-temps strié où l’on compte pour occuper.
La différence est celle d’une multiplicité non métrique (espace directionnel, distance) et d’une multiplicité métrique (espace dimensionnel, intervalle).

De la distance à l’intervalle on passe donc de la direction à la dimension. Là encore et en corps on entend le sujet se constituer.
Association également sur l’espace de la cure analytique, espace où une direction existe dans le travail qui permet au sujet analysant de prendre dimension, de prendre conscience de sa/ses dimensions.

L’espace peut subir 2 sortes de coupures :
-l’une définie par étalon (intervalle), dite : modulo
le modulo est une raison de distribution des coupures et intervalles, raison qui peut être constante ou fixe (espace strié droit ou focalisé), ou bien variable (espace strié courbe, non focalisé).
-l’autre irrégulière, non déterminée (distance), dite : statistique. La répartition peut y être égale (espace lisse non dirigé) ou plus ou moins dense (espace lisse dirigé).
Dans l’espace lisse sans coupure ni modulo peut-on dire qu’il n’y a pas d’intervalle ? OUI….ou bien tout est est devenu intervalle.

Association sur la relation mère enfant….sur l’aliénation au grand Autre.
Si l’espace reste lisse sans coupure et si l’intervalle n’existe pas….autisme ?

Le lisse est nomos
Le strié est logos.

MODELE MARITIME

Dans l’espace lisse comme dans l’espace strié il y a des points, des lignes et des surfaces….et des volumes (affinité à la topologie)
- Espace strié :
les lignes, les trajets ont tendance à être subordonnés aux points (intervalles),
on va d’un point à l’autre.
- Espace lisse : c’est l’inverse :
les points sont subordonnés au trajet (distance) (à la recherche du petit autre du grand Autre),
c’est le trajet qui entraîne l’arrêt (point de fuite),
l’intervalle prend tout, l’intervalle est substance alors que dans l’espace strié l’intervalle est partie du tout, la ligne est vecteur, direction et NON dimension, détermination (trait unaire),
l’espace est occupé par des évenements ou héccéités et NON par des choses formées ou perçues,
c’est un espace d’affects plus que de propriétés,
perception haptique plutôt qu’optique
les matériaux signalent des forces, des symptômes,
c’est un corps sans organe, spatium intense et NON organisation, organisme de l’espace strié,
ce qui occupe l’espace lisse ce sont les intensités, les vents, les bruits, les forces, les qualités tactiles et sonores versus le ciel qui couvre l’espace strié comme mesure avec les qualités visuelles qui en découlent, (optique, chiasma…. -au dessus de la ligne d’horizon il n’y a pas le ciel-, mais le passé, ligne d’horizon définissant l’intervalle entre passé et présent).

La mer (mère) est l’espace lisse par excellence qui a été striée par le développement de la navigation hauturière avec 2 acquisitions : l’astronomie et la géographie.
La mer comme archétype de tous les espaces lisses et premier espace à subir un striage qui le gagnait progressivement (aliénation)

Le lisse lui-même peut être tracé et occupé par des puissances d’organisation : 2 mouvements non symétriques :
- l’un qui strie le lisse,
- l’autre qui redonne du lisse à partir du strié
découpe de la bande de moëbius autour de la cupule du désir dans le cross cap….

On voit donc les oppositions lisse/strié, distance/intervalle, extension/intension, hors langage/langage, S1/s2, Hors cure/cure….etc

La distinction lisse / strié se fait :
- par un rapport inverse du point et de la ligne ( ligne entre 2 points : strié ; point entre deux lignes : lisse)
- par la nature de la ligne (lisse : directionnel, intervalle ouvert ; strié : dimensionnel, intervalle fermé)
- le strié : ferme une surface, se répartit dans des intervalles déterminés d’après des coupures assignées…logos ; le lisse : se distribue sur un espace ouvert d’après des fréquences, le long de parcours….nomos
(processus d’identification)
2 sortes de voyages : de strié à lisse et de lisse à strié…..les non dupes errent…..

ce qui caractérise le voyage n’est ni la qualité objective des lieux, ni la quantité mesurable du mouvement, c’est le MODE de spacialisation, la manière d’être dans l’espace, d’être à l’espace.

Voyager en lisse, c’est tout un devenir, un devenir difficile, incertain.

MODELE MATHEMATIQUE

Rieman, topologie des multiplicités
Meinong et Russel, notion de distance opposée à celle de grandeur
Distances :
ne sont pas indivisibles,
se laissent diviser,
elles ne se divisent pas sans changer de nature à chaque fois,
ensemble de différences ordonnées,
enveloppées les unes dans les autres,
variation continue (par exemple : la durée).
Les grandeurs, elles, répartissent des fixes et des variables (par exemple : l’étendu homogène).

Pour Bergson :
La distance est une multiplicité qualitative, de fusion, continue ; la grandeur est numérique, homogène et discrète. La matière fait sans cesse des aller-retour entre distance et grandeur.
Le nombre est nombrant dans la distance, il est le corrélat de la métrique et renforce le striage dans la grandeur, il est alors nombre nombré.

Riemann : l’espace Riemannien est un véritable patchwork : collection amorphe de morceaux juxtaposés sans être rattachés les uns aux autres. Le raccordement se fait d’un voisinage au voisinage suivant.
Il y a des connexions, ou des rapports tactiles. Il y a des valeurs rythmiques. C’est un espace hétérogène, en variation continue, un espace lisse en tant qu’amorphe, non pas homogène.
Il a le double caractère positif de l’espace lisse,
- rapport aux déterminations qui font partie l’une de l’autre renvoient à des distances enveloppées ou à des différences ordonnées
- quand surgissent des déterminations qui ne peuvent pas faire partie l’une de l’autre.

La métrique des espaces striés (metron) est indispensable pour traduire les étranges données d’une multiplicité lisse.
Traduire n’est pas un acte simple, ni un acte secondaire, c’est une opération qui consiste sans doute à dompter, à surcoder, à métriser l’espace lisse (interprétation ?), à le neutraliser, à lui donner un milieu de propagation, d’extension, de réfraction, de renouvellement, de poussées sans lequel il mourrait peut-être de lui-même.