Un texte sur la passe

Trace de tourbillon dans un sillage……

Dans la suite du séminaire d’Erik Porge sur l’être à trois et de la présentation de Sophie Aouillé à New York (dont j’ai entendu l’enregistrement), rappelant que justement le texte de Lacan sur M.Duras datait de 1965, et précédait de peu la proposition de 1967 sur la passe,…. une réflexion, une résonnance s’est faite pour moi concernant cette question du ternaire et de la perspective avec la passe que je vais tenter de vous livrer.

La passe, de par la ternarité de son dispositif : 1 passant + 2 passeurs, 2 passeurs + le cartel, pourrait être appréhendée comme une construction perspective, et c’est de là que vais débuter.

Perspective / per spicere / voir à travers, donner à voir à travers….ce qui passe, ce qui se passe dans la passe.

Voir quoi ?

En entrevoir à travers les récits des uns aux autres un petit bout de ce réel, de cet indécelable objet a / désir d’analyste.

Comment penser cette proposition ?

En restant au plus proche de la description de la perspective telle qu’utilisée par Lacan dans son analyse du tableau des Ménines. (séminaire l’Objet de la psychanalyse), pour cela revenons au différents plans de la perspective :

- Le plan de l’œil ….ne serait-il pas le discours du passant ?

- Le plan du tableau distinct du plan de l’œil, serait alors ce qu’ont recueilli et entendu les passeurs ?

Il est un fait, c’est que le regard du passant sur son hystoire, et son dire seront toujours distant du tableau. Le tableau constitué par ce qui est entendu, ce qui est entendu par les passeurs et ce qui est en-deçà de ce qui est énoncé par le passant.

Le regard du passant sur son hystoire se dit, c’est une ‘voix du regard’ qui fait point trou, mode sur lequel il est écouté et entendu.

Les deux passeurs feraient alors office de points de fuite constitutif du dispositif et de la mise en perspective.

L’écoute des passeurs, ce qu’ils en entendent (des dires du passant), ce qu’ils en retiennent est comme un extrait de l’infini contenu dans la ‘voix du regard’ passant.

Les deux passeurs sont des lieux où le passant est écouté, entendu mais la ‘voix du regard’ passant lui-même chute, est élidée.

Il y a dans la passe, comme dans la perspective la latence d’une inversion, d’une torsion dit/entendu, parlant/parlé, et un point ‘voix du regard’ qui fait trou, élidé, et qui va se retrouver dans le cross cap.

La ligne d’horizon serait l’hystoire du passant ?

Au dessus de cette ligne il y a ce qui est derrière le sujet passant, son arrière fond. C’est une ligne infinie et fictive.

Le point distance mesurerait l’intervalle entre les dires du passant et ceux des passeurs, comme une mise au point de ce qui est entendu par les passeurs, une mise en forme.

Le sujet passant se trouve donc divisé entre son point de vue : le dire de son histoire, la ‘voix de son regard’ (point O) et les deux points passeurs (point d1 et d2). Dans cet écart, la ‘voix du regard’ chute, l’objet a chute.

Il y aurait recouvrement, fermeture du schéma de la perspective en plan projectif sous forme d’enveloppe qui reste trouée par la ‘voix du regard’.

Trou, tourbillon, spirale qui fait division et nouage entre sujet passant et son objet a désir d’analyste, ‘voix du regard’ objet a indicible et inaudible, perceptible éventuellement à travers le retournement de la perspective dans le retour au cartel.

Nous voyons alors la passe prendre forme de plan projectif.

Le passage de la passe, le passage par le défilé en spirale des signifiants du passant aux passeurs puis au cartel creuse ce trou de la ‘voix du regard’, et opère la transformation de cette mise en perspective sous forme du plan projectif, enveloppant le trou de l’objet a, ‘voix du regard’, tout en le nouant à la division du sujet passant permet de saisir quelque chose du réel, de ce trou/objet a.

Et j’en reviens aux mots de Sophie Aouillé il y a quelques temps : « avant la passe et après la passe, ce n’est plus pareil. »

Ceci donc pour première topologie pensable, premier fantasme : celui de la mise en perspective de l’ hystoire du passant intriqué au ternaire : passant + passeur1 + passeur2, et à l’objet ‘voix du regard’.

Mais, n’y aurait-il pas ensuite un redoublement tourbillonnaire par l’inclusion du cartel dans un second ternaire : cartel + passeur1 + passeur2. L’objet est cette fois la voix, la voix qui fait résonner le regard du passant sur son hystoire, la voix qui s’évoque avec l’écho des équivoques et par là-même fait sillon, voie du désir d’analyste entendable….ou non .

Cet objet voix en cause faisant intervenir la temporalité et pousse à la hâte du temps logique, à l’effectuation de l’anticipation de la conclusion, et la connection se fait à ce moment là avec cet objet particulier et insaisissable qu’est l’objet hâté : la nomination, par le cartel.

L’objet hâté et athé, puisque la nomination devrait se faire hors croyance en quelque savoir même supposé…..

La passe alors se dessinerait comme tracé en double boucle, en spire, huit intérieur et huit extérieur tout à la fois.

Ce huit est le tracé d’où s’origine le tourbillon au fond duquel est précieusement enclos le creux du désir, l’objet a, ‘voix du regard’.

(Fond de la bouteille de Klein, où tourbillonnent et se démêlent les échos dans les dires).

La passe, trajet en double boucle, rendrait compte de la façon dont le cartel/spectateur/auditeur est happé par le tableau résonnant du passant.

Mais pourquoi se prêter à ce type d’exercice, d’application à ce modèle perspectif ?

La passe me semble produire l’entrée du sujet dans le champ analytique, tout comme la perspective opère son entrée dans le champ scopique.

La passe du fantasme deviendrait alors sublimation : savoir y faire avec le reste du manque….( ?)

La passe n’est-elle pas mise en perspective du désir d’analyste ?

tentative d’en faire tableau, d’en donner à voir, d’en donner par la voix à voir….. ?

J’insiste sur le fait que la passe opère cela en elle-même, c’est à dire en dehors de la question de la nomination.

La nomination ne serait qu’une sortie possible….de ce temps logique qu’est la passe.

La perspective devient plan projectif par le trans-faire de la passe.

La passe fait trans, retourne avec torsion les dires du passant pour en extraire l’objet a, désir d’analyste.

Un trans-faire poinçonnant, passage nouant $ à petit a et marquant un trou, en cela fantasme / coupure séparatrice de l’objet a.

La passe révèle en dessinant ce trou, son contour sans obturer son vide central.

Vide central, trouée de circulation intérieur/extérieur qui devient perte, manque du manque après avoir été manque. Le vide de l’empreinte persiste et fait contour, l’empreinte du désir d’analyste.

De l’empreinte au fantasme ? ou du fantasme à l’empreinte ? il s’agit bien de quelque chose de prégnant, qui marque et qui est en creux…..et qui produit.

« après la passe, ce n’est pas comme avant »…..